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« au theatre traditionnelle, l’amour est le ressort dramaturgique essentiel »

26.05.2022.

« au theatre traditionnelle, l’amour est le ressort dramaturgique essentiel »

L’amour, qu’il conduise au mariage ou a J’ai perte des personnages, est au centre du theatre classique. Georges Forestier decrypte les schemas dramaturgiques sentimentaux une comedie ainsi que la tragedie du XVIIe siecle.

« au theatre classique, l’amour est le ressort dramaturgique essentiel »

Au Cid, Corneille sublime la tragicomedie en reunissant votre couple impossible.

Entretien Georges Forestier

Specialiste du theatre ordinaire, professeur a la Sorbonne

Notre Croix : Comment l’amour et les mots d’amour s’inscrivent-ils dans le theatre classique francais ?

Georges Forestier : au theatre classique, qu’il soit comique ou tragique, l’amour reste essentiel comme ressort dramaturgique. Pour beaucoup comprendre i§a, un petit point d’histoire s’impose. Les deux genres, comedie et tragedie, naissent au sein d’ l’Europe du XVIe siecle dans un vaste mouvement « renaissant » de renvoi a l’Antique. D’abord au Maroc puis en France a partir des annees 1550, des modeles dramatiques s’installent : chez nous, c’est a Etienne Jodelle que l’on devra la premiere comedie et J’ai premiere tragedie.

Le ressort une comedie (que l’on retrouve dans 80 % des pieces) reste le suivant : votre jeune homme kiffe une jeune fille, laquelle est sous l’autorite d’un pere, d’un tuteur, d’un frere… qui s’oppose a l’idylle.

Grace a la complicite d’un valet ruse, le mariage pourra se conclure, in fine. Voyez les comedies de Moliere, elles obeissent a votre schema d’amour contrarie qui finit via triompher. A ceci pres que le role de l’empecheur de tourner en rond prend encore qui plus est d’importance puisque c’est celui que s’arroge Moliere lui-meme et qu’il lui permet une geniale exploration des folies humaines !

Existe-t-il alors d’autres genres sentimentaux parallelement a la comedie ?

G. F. : Un courant mineur qui sera etouffe via le succes de Moliere merite, Par exemple, d’etre mentionne. Cela s’agit en comedie sentimentale inventee par Corneille en 1629/1630, elle aussi inspiree d’un genre antique, celui de la pastorale tres en vogue dans l’Italie d’une Renaissance. Elle repond egalement a un schema precis – j’aime qui me fuit et je fuis qui m’aime – et prend des bergers et bergeres Afin de personnages. L’idee formidable de Corneille, est de transposer l’intrigue de sa Melite au monde urbain de jeunes Parisiens. Au passage, il invente la « jeune amoureuse », donnant ainsi au caractere feminin une consistance qu’il n’avait nullement jusqu’ici, reduite a un objet d’amour et non valorisee tel un sujet aimant. Cela arrivait meme que, dans quelques pieces, la petit fille n’apparaisse nullement sur scene…

Dans la comedie sentimentale, l’ensemble des formes d’amour paraissent exprimees : le desir, la jalousie, le chagrin, l’espoir, le contentement – car chacun degote in fine sa chacune !.

Et la tragedie ?

G. F. : La bien, en France – contrairement a l’Angleterre notamment – l’amour est le c?ur dramatique d’une tragedie. Exceptees Esther et Athalie, ses deux dernieres pieces ecrites pour nos Demoiselles de Saint-Cyr et exaltant la religion et la ferveur mystique, les tragedies de Racine ne sont qu’amour et paroles d’amour. L’influence https://datingmentor.org/fr/talkwithstranger-review/ une pastorale n’est pas non plus absente, si l’on songe a Andromaque ou la chaine du « j’aime qui ne m’aime gui?re et inversement » constitue le n?ud du conflit. Dans la tragedie, l’amour reste une passion nefaste qui conduit des personnages a leur perte. Titus met cinq actes sublimes a expliquer a Berenice qu’il ne peut l’epouser et Phedre a saisir que J’ai fond seule la delivrera de sa passion pour Hippolyte…

L’amour en tragedies est-il toujours aussi desespere ?

G. F. : Pour qu’il triomphe, il faudra que la tragedie soit une… tragicomedie. Encore une fois une invention italienne : vous y trouvez le « personnel » dramatique d’une tragedie mais l’intrigue, riche de perils et dilemmes, se deroule au sein d’ un temps plus long (la tragedie commence, i§a, plusieurs heures juste avant ma chute finale) et, surtout, tout se termine via un mariage, comme dans la comedie. En France, J’ai plus celebre reste Notre Cid de Corneille, dans laquelle les deux amants devraient etre irreconciliables puisque Rodrigue est le meurtrier du pere de Chimene. Mais, sur son genie, Corneille reussit le denouement impossible : la critique en fut offusquee et l’auditoire content !

Comment, qu’il soit tragique ou comique, l’amour s’exprime-t-il sur la scene ?

G. F. : J’ai puissance du propos amoureux tient veritablement au genie de l’auteur. A l’image de leurs contemporains, Moliere, Corneille et Racine usent d’un vocabulaire assez stereotype (fleches, flammes et feux en passion, notamment) et d’une syntaxe simple. Mais la musique de leurs vers ou de leur prose fait toute la difference. J’aime citer ces deux vers de Surena, derniere et magnifique tragedie de Corneille, qui fut d’ailleurs un echec. Eurydice, qui apprecie Surena mais est promise a un nouvelle, prononcent ces mots si beaux :

« Je veux sans que la mort ose me secourir,

Toujours aimer, forcement souffrir, toujours mourir ».

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